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Mettons à profit les acquis de la rivière.
Didier
Magnan: Photos et texte
Que Patrick Campomizzi,
spécialiste de la rivière, devienne en moins de deux ans
champion
de France de pêche à la mouche en lacs et réservoirs, a de quoi surprendre. II
suffit pourtant de l'écouter pour comprendre ; en lac comme en rivière, il croit
dur comme fer à la discrétion et à la finesse. Et ça marche!
Le 2 avril 95, à Trept,
dans l'Isère, Patrick Campomizzi jouait le rôle de trouble-fête au cours de la
1`'" manche du championnat de France de pêche à la mouche (en lacs et
réservoirs) en s'emparant de la 2` place. Personne, en effet, n'attendait ce
spécialiste de la pêche de l'ombre en sèche, nouvellement converti à la pêche en
réservoir. Il renouvelait sa performance le 5 novembre 95, au lac de Vert en Drouais (28) en enlevant, haut la main, le titre de champion de France
avant de devenir, quelques semaines plus tard, au Luxembourg, vice champion
d'Europe de la spécialité... rien que ça! Cet ancien danseur mondain, devenu pianiste,
puis chef d'entreprise, avant de tâter de la restauration, agace beaucoup de
monde. Cette figure généreuse de la pêche à la faconde méditerranéenne et à
l'ego pour le moins "surdimensionné" dérange lorsqu'il explique qu'il doit sa
réussite en lac... à ses connaissances des tenues et du comportement des
poissons en rivière ou à la fréquentation de quelques amis britanniques qui ont
tout à nous apprendre en matière de pêche en eaux closes ! II n'existe pas deux
milieux clos identiques Car pour "Campo", les pêcheurs en réservoir ont bien
souvent tout faux et pêchent d'une manière trop stéréotypée : cannes puissantes,
soies très lourdes, leurres énormes et lancers trop volontiers affectés d'une "double-tractionnite
aiguë" ! Mais surtout, il constate que les pêcheurs français sont largement
démunis de toute culture concernant ces milieux clos et ne font, du reste, guère
la différence entre pêcherie, réservoir ou lac. Il ne tiennent pas compte de la
diversité et de l'origine des poissons qui peuplent ces milieux et de leurs
comportements, persuadés qu'il existe une technique et des leurres passe-partout
!____________________________________________________
"Ce qu'apporte la rivière, à un pêcheur en lac, c'est d'abord ce sens de
l'observation et cette volonté de comprendre les habitudes des poissons dans de
tels milieux. Il n'existe pas deux milieux clos identiques et les conditions de
pêche varient autant qu'en rivière. C'est la même chose pour les poissons de
réservoir ou de lac. On
peut, tour à tour, tomber sur des poissons au comportement analogues à ceux
d'une pisciculture puis sur de sacrés mariolles, aussi éduqués que le plus tordu
des ombres. Cette évidence de la diversité saute aux yeux d'un pêcheur rompu aux
problèmes que pose la pêche à la mouche en rivière". C'est donc sans a priori
qu'il faut aborder la pêche en lacs et réservoirs en s'attendant, par exemple, à
trouver les poissons n'importe où, aussi bien en surface, au ras des berges, que
loin au large et par plusieurs mètres de fond.
Au repos ou en pleine activité
-Pour ce qui est du comportement des poissons, la principale différence et
c'est une constante par rapport à la rivière, c'est que dans ces eaux closes,
ils bougent sans cesse, parfois au cours d'une même journée. On a beaucoup trop
caricaturé leurs tenues, en fonction de la stratification thermique du lac,
expliquant que les salmonidés de réservoirs évoluent à proximité du thermocline.
On finirait presque par croire que le déplacement des salmonidés ne se fait que
pendant les inter saisons : ils se réfugieraient dans les eaux fraîches et
profondes du milieu du lac en été, viendraient musarder sous les frondaisons des
berges à L'automne, avant de replonger, au coeur de l'hiver, et de revenir vers
les bordures ou en surface, au printemps". Ces tenues saisonnières des
salmonidés, en lac, si elles sont globalement vérifiées, ne concernent en fait
que les postes de repos pour lesquels les poissons recherchent toujours une zone
de confort thermique (entre 6 et 15° pour les salmonidés).
Lorsque les salmonidé chassent, ou se nourrissent activement de larve, ils
bougent en fait beaucoup, quelle que soit la saison, et ne tiennent plus trop
compte de leur confort thermique, allant vers toutes les zones où se trouvent
les proies intéressantes.
C'est, par exemple, évident lorsque les truites viennent gober en surface, en
plein été, s'obligeant à traverser des couches où la température atteint ou
dépasse allègrement les 20°.
"Je dirais volontiers qu'il existe, en réalité, deux pêches en lac, poursuit
Campo ! Celle des salmonidés peu actifs, en poste de repos dans des zones de
confort thermique (le plus souvent sous le thermocline) et celle des salmonidés
en train de se nourrir sur des postes beaucoup plus vastes et variés qu'il y
parait généralement Un peu comme les truites ou les carnassiers en rivière.
Lancer loin : quand il le faut seulement !
La logique veut donc que, entamant une partie de pêche en lac, on s'attache
d'abord à observer soigneusement tous les signes d'activité des poissons, voire
même à localiser visuellement quelques spécimens actifs. "Combien de fois
m'est-il arrivé d'apercevoir, en m'approchant très doucement d'un buisson, par
exemple, une truite en train de nymphes tranquillement ou de dévorer gammares et
escargots à quelques mètres du bord, en plein été ou en plein hiver. Celui qui
n'a jamais observé cela en rivière va s'avancer tranquillement et lancer à 30 m
sans rien voir! Attention, je ne dis pas que ça ne sert à rien de savoir lancer
très loin... Mais seulement quand il le faut! ". Dans le même ordre d'idée, on
peut remarquer que trop de pêcheurs, en réservoir, négligent la possibilité de
pêcher en sèche. Or, bien souvent, c'est en sèche, ou juste sous la surface, que
cela se joue". Ainsi Campo a assuré sa place, à Vert-en-Drouais, en pêchant en
émergente. Dans de nombreux lacs - comme celui des Hâtes, par exemple, la
sèche donne bien souvent de meilleurs résultats.
Une autre caractéristique des lacs, l'évidente absence du courant, amène
Campomizzi à faire d'autres remarques
"L'absence de courant oblige le pêcheur à une extrême précision lorsqu'il
s'attaque à des poissons en surface et à une animation judicieuse des leurres
lorsqu'il gratte plus au fond. Certes, il faut animer le leurre, mais on a trop
souvent tendance à caricaturer et à récupérer trop rapidement celui-ci". Campo,
lui, préfère "tricoter" très lentement, de la main gauche, prêt à réagir à la
moindre sensation anormale.
Modifier constamment sa stratégie
Il est également intarissable à propos des mouches destinés aux lacs. Dans sa
boîte cohabitent, à parts égales, des mouches que l'on qualifierait volontiers
de "spéciales rivières", des émergentes et nymphes (petites et légères) pour les
pêches de surface, des imitations de chironomes, d'escargots ou de gammares et,
enfin, des streamers de petite taille, destinés à exciter les poissons se
reposant sur le fond.
Au début d'une partie de pêche, Campo change ainsi fréquemment de stratégie
pêche de bordure ou pêche lointaine, en surface, entre deux eaux ou à fond, pour
rapidement trouver la mieux adaptée aux conditions du jour, sachant que, comme
en rivière, les choses peuvent changer bien vite. Ce que Campo emporte
finalement avec lui, au bord des réservoirs, ce sont bien ses qualités de
pêcheur, lentement acquises en rivière, son sens de l'observation et sa faculté
d'adaptation. Remonter>>>>>